Coulisses de Bruxelles – Jean Quattremer: Η ΠΛΗΡΕΣΤΕΡΗ ΑΝΑΛΥΣΗ ΓΙΑ ΤΗΝ ΕΡΤ ΚΑΙ ΤΙΣ ΠΟΛΙΤΙΚΕΣ ΕΠΙΠΤΩΣΕΙΣ


http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2013/06/gr%C3%A8ce-lert-%C3%A9tait-lorganisme-le-plus-corrompu-et-le-plus-dysfonctionnel-de-la-gr%C3%A8ce-.html

Grèce : l’ERT était « l’organisme le plus corrompu et le plus dysfonctionnel de la Grèce »

αΘΗΝΆLa fermeture pure et simple de l’ERT, le service public de radio-télévision grec, brutalement annoncée mardi par le gouvernement d’Antonis Samaras est sans précédent dans l’histoire démocratique occidentale. Il y a déjà eu des reprises en main de l’audiovisuel par l’État, souvent sous couvert de réformes, mais une liquidation pure et simple, jamais. Pourquoi le gouvernement grec a-t-il ainsi pris le risque d’apparaître aux yeux du monde comme « liberticide » ? L’émotion, à travers l’Europe, a été à la hauteur du symbole : des forces de l’ordre démontant des antennes de diffusion et les chaînes publiques cessant d’émettre vers 23 h 15.

Même si le symbole est fort, on ne peut pas comparer la Grèce à la France ou la Grande-Bretagne. L’ERT n’est ni France Télévision, ni la BBC : la qualité et l’indépendance minimale ne sont pas au rendez-vous, loin de là. L’idée que la démocratie soit menacée en Grèce par la suppression de la radio-télévision publique fait beaucoup rire l’éditorialiste Yannis Pretenderis (To Vima et Ta Nea, deux quotidiens de gauche, précision ajoutée le 13/06) : « en moyenne, l’ERT, c’est 4 % d’audience par chaîne, soit 12 % pour les trois chaînes. La démocratie y survivra. Il est d’ailleurs très amusant de voir que ceux qui hurlent contre la fermeture de la télévision publique sont les mêmes que ceux qui, hier encore, dénonçaient un organe de propagande gouvernementale ». « Ce n’est pas comme si l’on supprimait la BBC », surenchérit l’historien Nikolas Bloudanis : « l’ERT exposait le seul point de vue du gouvernement en place. Personnellement, je suis très content de ne plus payer pour ce machin ».

Le premier ministre, en choisissant l’ERT, n’a donc pas cogné au hasard : elle symbolise tout le mal grec. « C’est l’organisme le plus corrompu et le plus dysfonctionnel de l’État », assène Nikolas Bloudanis. Tous les salariés « étaient clients soit du PASOK, soit de la Nouvelle Démocratie », reconnaît Filios Stangos, ex de l’ERT et actuellement patron de la chaine publique régionale de Thessalonique. À chaque changement de majorité, on embauchait les amis et on placardisait les anciens, d’où des effectifs pléthoriques. « L’ERT a besoin d’un assainissement », poursuit Stangos : « c’est un organisme anachronique, dépendant du pouvoir, où les meilleurs ne sont pas ». C’est exactement la position de la section grecque de l’Association des journalistes européens (AJE).

Le gouvernement grec a bien essayé de réformer ce « monstre qu’était l’ERT », selon l’expression de Yannis Pretenderis : 2700 salariés, 3 chaines plus 2 par satellites, 25 radios. En vain, les puissants syndicats veillant au grain. Depuis le début de l’année, l’ERT a été en grève perlée en tout pendant 11 semaines. « Je ne crois vraiment pas que l’ERT était réformable en continuant à fonctionner », reconnait Filios Stangos : « il fallait fermer et créer autre chose ». « Il sera plus facile de choisir qui entrera dans le futur service public, en puisant partiellement dans le vivier des licenciés. Celui-ci devrait compter au maximum entre 1700 et 1900 personnes, soit un gain de 1000 emplois », poursuit ce patron qui a su restructurer sa propre chaine. Car il n’a jamais été question de supprimer le service public : selon la presse grecque, le gouvernement a déjà déposé un projet de loi créant un nouvel organisme (NERIT) qui émettra dès septembre. Selon les journaux Ta Nea et Ethnos, c’est Ioannis Tentes, actuel coordinateur national de la lutte contre la corruption et ancien procureur de la Cour de cassation qui devrait en prendre la direction. Tout un symbole.

Pour Filios Stangos, ce sera l’occasion de « tout remettre à plat : un pays de 11 millions d’habitants peut-il s’offrir le luxe d’avoir 7 (et non 11, comme dit par erreur) chaines nationales privées ? C’est un système malsain, ces chaines étant possédées par des chefs d’entreprises qui s’en servent comme moyen de pression sur le gouvernement. Et celui-ci fait aussi pression sur ces chaines puisque leurs autorisations d’émettre sont renouvelées tous les ans ». Reste à savoir si Samaras aura le courage politique de s’attaquer à la refonte du paysage audiovisuel grec et résister à la tentation de placer ses petits camarades dans le futur service public…

Quoi qu’il en soit, l’Union n’a rien à voir dans la décision de fermer l’ERT qui est un choix grec. Il s’est cependant trouvé quelques belles âmes, notamment en France, pour y voir la main de la Troïka : pensez, cet organe, composé des représentants de la Commission, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, a débarqué lundi pour son passage en revue trimestrielle de l’économie grecque. La « coïncidence » est trop belle pour ne pas alimenter la théorie du complot…

En réalité, la seule chose qu’exigent les Européens est que le mammouth de l’administration publique soit sévèrement dégraissé : en effet, la grande majorité des fonctionnaires ont été recrutés sur une base politique et non sur leur compétence et sans aucun rapport avec les besoins réels de la population. En février 2012, l’ancien premier ministre grec, le socialiste Georges Papandreou a d’ailleurs officiellement reconnu le népotisme et la corruption de l’État : « Notre système politique est responsable collectivement de tous les fonctionnaires que nous avons embauchés par favoritisme, des privilèges que nous avons accordés par la loi, des demandes scandaleuses que nous avons satisfaites, des syndicalistes et des hommes d’affaires que nous avons favorisés et des voleurs que nous n’avons pas mis en prison ».

Le problème est que ces embauches ont abouti à une fonction publique inefficace dans laquelle la population n’a aucune confiance (ce qui explique qu’on refuse de payer ses impôts). Mais l’État grec a résisté aux demandes européennes, car il n’est pas facile de virer ses affidés. Cette fois-ci, la Troïka n’a pas voulu transiger et a exigé une première liste nominative de fonctionnaires à licencier. Samaras, dont le gouvernement vient d’autoriser ses ministres à supprimer par décret les entreprises publiques dont ils ont la responsabilité, a donc pris la décision de fermer l’ERT, organisme inefficace, et de virer – avec indemnités — ses 2656 salariés (CDI et CDD). De toute façon, les choix de Samaras étaient limités, car « la Constitution interdit de licencier des fonctionnaires », rappelle l’historien Nikolas Bloudanis. « Le seul moyen pour le faire est de supprimer les services dont ils dépendent, ce qu’a fait Samaras. Je signale au passage que c’est la première fois que des fonctionnaires ou assimilés vont se retrouver au chômage. Les 1,6 million de chômeurs grecs viennent tous du secteur privé, car on n’a pas voulu toucher à la vache sacrée du service public peuplé de la clientèle des partis politiques. Ceux qui ont payé le prix le plus élevé au sauvetage de la Grèce, ce ne sont pas les fonctionnaires ».

Au final, le conservateur Samaras a sans doute bien joué. D’abord, en apparaissant comme l’homme fort de la Grèce : tout comme Ronald Reagan qui, confronté à la grève des contrôleurs aériens au début des années 80, a pris la décision de les licencier, il fait la même chose avec l’ERT. « Le premier ministre a lancé un message fort à l’intérieur et à l’extérieur du pays montrant sa détermination à promouvoir les réformes indépendamment des réactions de l’opposition et quel qu’en soit le coût politique », écrit ainsi le quotidien Kathimerini. Au passage, il fait oublier l’échec, lundi, de la vente du groupe gazier DEPA à Gazprom, ce qui risque de gravement plomber les finances publiques grecques. Ensuite, il a réussi à faire porter indirectement le chapeau du choix de la fermeture d’ERT à la Troïka avec l’aide de la gauche qui a conforté cette thèse. Ce qui lui permet, au passage, de desserrer l’étau qui enserre la Grèce, Bruxelles étant désormais bien embêtée d’être accusée de vouloir limiter la liberté de la presse. Enfin, en plaçant ses alliés du Pasok et du Dimar devant le fait accompli, il les met au défi d’aller vers des élections anticipées qu’il semble sûr d’emporter. S’ils renoncent, son leadership sera là aussi renforcé. « Il a voulu jouer un coup décisif », confirme Pretenderis. Va-t-il le réussir ?

Advertisements

One Response to Coulisses de Bruxelles – Jean Quattremer: Η ΠΛΗΡΕΣΤΕΡΗ ΑΝΑΛΥΣΗ ΓΙΑ ΤΗΝ ΕΡΤ ΚΑΙ ΤΙΣ ΠΟΛΙΤΙΚΕΣ ΕΠΙΠΤΩΣΕΙΣ

  1. Ο/Η Costas λέει:

    Τα Νέα και το Βήμα «αριστερές εφημερίδες»;!

Σχολιάστε

Εισάγετε τα παρακάτω στοιχεία ή επιλέξτε ένα εικονίδιο για να συνδεθείτε:

Λογότυπο WordPress.com

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό WordPress.com. Αποσύνδεση / Αλλαγή )

Φωτογραφία Twitter

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Twitter. Αποσύνδεση / Αλλαγή )

Φωτογραφία Facebook

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Facebook. Αποσύνδεση / Αλλαγή )

Φωτογραφία Google+

Σχολιάζετε χρησιμοποιώντας τον λογαριασμό Google+. Αποσύνδεση / Αλλαγή )

Σύνδεση με %s

Αρέσει σε %d bloggers: